Conférence de la plasturgie : Que retenir ?

15 novembre 2018, Pavillon Royal, Paris, France.

La conférence est maintenant terminée. Les interventions autour d’un nouveau modèle économique pour l’industrie du plastique étaient toutes très intéressantes. Vous trouverez ci-dessous les points qui m’ont le plus marqué :

L’état de la planète

Le “7ème continent” n’est pas une zone délimitée sur un océan. Il s’agit de vastes zones d’agglomération de déchets dans tous les océans et mers du monde.

“Le nettoyage des océans n’est qu’une vue de l’esprit” selon Henri BOURGEOIS-COSTA, porte parole de l’association Océans sans plastiques. En effet, si les déchets volumineux et flottants peuvent être récupérés, la très large proportion des déchets plastiques est dégradée en particules micrométriques. Toujours selon le porte parole de l’association, ” Pour 1 tonne de plancton il y a 700 kg de particules plastiques”… La chaîne alimentaire est contaminée dès son origine. Il n’y a pas encore aujourd’hui de solution pour filtrer ces particules à l’échelle de la planète.

Les continents ne sont pas épargnés, sauf quelques pays, les plastiques sont encore utilisés comme “jetables” et leur recyclage est encore peu soutenu. Avez-vous un container “Plastiques” dans votre déchetterie ?

L’économie circulaire est un des moyens d’arrêter la pollution des mers et océans par le plastique.

Les actions engagées

Plusieurs sociétés ont présenté leurs actions engagées dans le recyclages des plastiques après utilisation :

INEOS Styrolution travaille sur les procédés de recyclage des PS par solvolyse (dissolution), sur la pyrolyse pour obtenir un naphta à réinjecter dans la chaîne de fabrication des plastiques et sur la dépolymérisation pour obtenir des nonomères styrèniques purs.

SOPREMA développe un procédé de recyclage du PET en polyol polyester pour la fabrication de mousse PU. la technologie utilisée combine recyclage mécanique et chimique. En 2019, l’objectif est de recycler 3.500 Tonnes de PET, 10.000 Tonnes à terme.

TARKETT organise le recyclage des ces produits (moquettes essentiellement) en fournissant aux installateurs des bigbag qu’ils remplissent avec les chutes et fin de rouleau. TARKETT s’occupe du transport des bigbag jusqu’à l’usine de retraitement pour être réutilisés dans la chaîne de production. Le recyclage va encore plus loin, TARKETT utilise les fils recyclés produits par la société AQUAFIL à partir de filets de pêche en fin de vie et de moquette recyclée.

BIC engage des actions d’écoconception dans ces trois marchés (écriture, briquet, rasage). Par exemple, le stylo CRISTAL a perdu 14% de son poids depuis sa création. Mais BIC recycle également les stylos en matériel extérieur (banc, tour d’arbre, table). Des bornes vont être installées pour faciliter la récupération des stylos en fin de vie.

Les limitations

Le marché est demandeur de matières plastiques recyclées (MPR) mais les industriels sont confrontés à quatre limitations :

Les normes

Encore beaucoup de normes sont aujourd’hui prescriptives, c’est à dire qu’elles obligent et nomment les matières à utiliser. Les MPR n’ont aucune chance d’être choisie.

Les normes prescriptives doivent devenir des normes “performancielles”, c’est à dire que la norme doit fixer la performance attendue, pas la matière à utiliser.

Le marché et la qualité

L’équation économique pour installer une unité de régénération (transforme les plastiques triés en granulés utilisables par les industriels) nécessite de la matière première stable en quantité et en qualité. Aujourd’hui, en France, il n’y a pas assez de matière plastique triée disponible. Le circuit de recyclage doit s’organiser pour optimiser le traitement des déchets plastiques. En 2020, l’ensemble des déchets ménagers plastiques pourront être mis dans le bac de recyclage. Ce délai est long car les moyens de tri automatique sont disponibles, il suffit d’investir.

Le défi économique

Aujourd’hui, le prix de MPR est encore plus élevé que celui des matières plastiques “vierges”. Le coût de MPR prend en compte le coût des déchets (collecte, tri) et celui de la régénération.

Une piste discutée pendant cette conférence est la prise en compte de l’ensemble du coût : coût économique + coût écologique. Selon Olivier VILCOT (SUEZ) l’émission CO2 est trois plus faible pour la fabrication de PET recyclé et dix-sept fois plus faible pour la fabrication de PVC recyclé. L’intérêt pour les MPR risque d’augmenter quand la taxe carbone sera effective.

Et au niveau industriel

Un dernier frein, moins visible celui-ci, est comment transformer une matière recyclée ? Le procédé de régénération doit être ajusté pour tenir compte des entrants et assurer une qualité stable dans le temps pour le transformateur. Les variations des propriétés thermomécaniques sont encore aujourd’hui plus importantes que pour une matière vierge. Les équipes doivent pouvoir réagir correctement en analysant la variation dans le procédé et apporter la bonne réponse. 

La conférence n’a pas parlé de l’économie circulaire au sein de l’entreprise. D’énormes progrès peuvent y être fait : le tri, l’économie de matière première, l’optimisation des étapes de création de VA, l’éducation de ses clients…

En conclusion

Pendant la conférence, il a été dit que le public a une “réaction émotionnelle trop forte” par rapport aux (des)informations actuelles et au “plastic-bashing”. Les réactions émotionnelles interviennent quand l’information n’est pas là. Les dégâts causés vont être difficiles à réparer, les conséquences difficiles à appréhender. L’économie circulaire semble être une belle voie pour limiter notre impact dans le futur. Elle a besoin d’investissements, d’informations et de volonté. Cette conférence a eu le mérite de m’informer sur la situation de l’ensemble de la filière plastique, du fond des océans jusqu’au fond du bac de recyclage.

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